ÉDITORIAUX ACP PR

ACP Pratique et recherche n°30

La recherche scientifique est intéressante, passionnante même. Comme tout domaine de la pensée humaine, elle n’est cependant pas indépendante de la culture et du mode de réflexion de son époque. Etudier le fonctionnement et le résultat de la psychothérapie pose ainsi la question de savoir ce qui est recherché, et pourquoi. Si on parle d’en « mesurer l’efficacité », de quoi s’agit-il ? Quelle vision, quelle conception sont en jeu ? Sont-elles les seules possibles ? Suivre un modèle médical revient à considérer les symptômes comme étant le critère d’étude par excellence. Cela présente le visage d’une certaine objectivité, rassurante. Bien des écoles thérapeutiques estiment cependant qu’« à côté des symptômes, il faut aussi utiliser les objectifs des clients, comme par exemple la valeur personnelle, une vie satisfaisante, la clarté intérieure, la capacité de vivre des relations ou la résilience » (p. 24). Une telle conception intègre des dimensions humaines, forcément subjectives, qu’il...

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ACP Pratique et recherche n°29

Cet éditorial est dédié à la mémoire de Peter F. Schmid, collègue et ami, décédé le 15 septembre 2020 des suites d'un accident de voiture. Peter Schmid était une des grandes figures internationales de l'Approche centrée sur la personne, un de ses fervents défenseurs, co-fondateur de l'association Mondiale WAPCEPC et de l'association européenne PCE Europe, auteur de nombreux livres et articles d'importance majeure qui ont contribué depuis plusieurs décennies à la compréhension et au développement de la thérapie centrée sur la personne.   Soignant et soigné, thérapeute et client, enseignant et élève, notre habitude et notre schéma de pensée sont ainsi constitués que nous voyons presque toujours de manière séparée les deux membres d'une relation. Nous parlons de relation, cependant nous avons de la peine à la considérer comme une chose en soi, qui se construirait sans cesse et serait donc en constant mouvement. De même avons-nous de la peine à penser...

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ACP Pratique et recherche n°28

Dans le domaine de la psychothérapie, la conception la plus répandue, chez les personnes qui viennent consulter comme chez les professionnels, est que le thérapeute se doit de posséder une connaissance extérieure, et supérieure. C’est sur cette base qu’ont été développés des outils de diagnostic et tout un vocable professionnel. Cette vision a un côté rassurant non négligeable, qui lui confère une puissante force d’attraction. Son inconvénient est de donner un rôle passif à « l’élément humain […], en niant l’aspect le plus essentiel de la personnalité » (p. 41). Est-ce le bon modèle ? En savons-nous assez sur ce qui soigne vraiment, dans le monde du psychisme, pour prendre pour acquis un tel point de départ ? N’y a-t-il pas là un piège, celui d’être pris dans ce travers très humain qu’est la volonté de maîtrise et de contrôle ? De participer ainsi au maintien d’un ordre établi et, au...

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ACP Pratique et recherche n°27

Face à ce qui nous échappe, que nous ne comprenons pas, souvent les mots nous manquent. La tentation est alors forte, et la tendance fréquente, de ramener cet inconnu à des références existantes. D'utiliser des mots, des concepts, au risque d'enfermer tant il nous est difficile de rester dans l'observation, le constat, la réalité telle qu'elle est. Accompagner des personnes en souffrance psychiques, dont le fonctionnement et le comportement ne correspondent as à nos normes et à nos habitudes, qui peuvent être susceptibles de «sauter d'un immeuble parce que des voix vous disent de le faire" (pp. 91-92) n'échappe à cette tendance. Ainsi l'expression «maladie mentale" a-t-elle été employée, en référence à la maladie physique. Mais est-elle seulement justifiée? Correspond-elle à une réalité des personnes? Et peut-on faire autrement que de l'utiliser? Le débat est loin d'être épuisé, et les arguments séduisants, entre ceux qui disent que, pour les personnes qui...

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ACP Pratique et recherche n°26

Depuis des décennies, la démarche centrée sur la personne est poursuivie par une certaine réputation d’idéaliste, de simpliste, d’insuffisante. Au niveau de la thérapie, son efficacité ne serait pas suffisamment démontrée scientifiquement pour pouvoir être inclue au sein des psychothérapies reconnues aux niveaux étatiques (le fait que Carl Rogers ait reçu deux prix prestigieux pour sa contribution à la recherche scientifique semblant occulté). Il est vrai que cette thérapie paraît bien éloignée des grandes nosographies telles que le DSM ; vrai également qu’elle manque de praticiens en milieu purement psychiatrique et qu’elle n’a ainsi que peu l’occasion de montrer son apport et sa valeur à ce niveau. Mais cela ne l’empêche pas de disposer d’un véritable bagage, tant théorique que pratique, bagage qui se fonde avant tout sur une observation des difficultés et des besoins de l’être humain, loin de tout présupposé ou de toute image toute faite. La principale caractéristique de...

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ACP Pratique et recherche n°25

Quelle est la place du psychologue et du psychothérapeute dans notre monde en pleine mutation ? La naissance de la psychologie, à la fin du XIXe siècle, s’est faite dans un environnement avant tout médical, à une époque où le domaine du social n’existait pas tel que nous le connaissons aujourd’hui. La profession s’est depuis développée à cheval entre ces deux grands domaines ; elle n’est pas purement médicale et ne relève pas vraiment non plus du social, tout en contenant un peu des deux. Cette dualité est régulièrement source de tensions, de difficultés de définition et de positionnement. Elle peut cependant être vue comme normale pour un domaine s’occupant d’individus à la fois en souffrance et membres de leur communauté humaine. Aussi simple qu’il soit, un tel constat n’est pour autant pas évident et comprend des implications bien souvent laissées de côté. Bon nombre de psychothérapeutes prennent en compte uniquement le fait...

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ACP Pratique et recherche n°24

Par essence, les processus humains et les questions existentielles auxquels sont confrontées les personnes suivant une psychothérapie concernent tout un chacun, et les thérapeutes n’y échappent pas. Pour autant, il n’est pas évident de le reconnaître et de toujours savoir comment prendre en compte cet état de fait. Si nous pouvons admettre, ou du moins envisager, que par exemple « beaucoup de notre temps se passe en production d’excuses, de défenses, de constructions d’images pour combattre nos propres réalités indésirables et celles des autres, et en création d’apparences que nous désirons voir devenir des réalités » (p. 44), saurons-nous en identifier les conséquences dans notre pratique ? La psychothérapie – et elle n’est de loin pas seule – est passée maître en matière de défenses. Le psychanalyste pourra invoquer la « résistance » d’un patient qui n’avance pas, le thérapeute centré sur la personne le « respect du libre choix » de son client. Ce peut être vrai....

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ACP Pratique et recherche n°23

La question de la différence, et des réactions qu’elle suscite en nous, est un des défis constants de notre vie et un des grands facteurs de conflit, ou à l’inverse de paix, suivant comment nous parvenons à y répondre. Bien que nous semblions être par nature fort curieux et désireux d’aller sans cesse de l’avant, attirés par de nouvelles découvertes, l’exploration de ces univers inconnus que représentent les autres, parfois proches, souvent lointains, n’a pour sa part rien d’une évidence. Bien souvent, « les différences sont automatiquement vues comme dangereuses et susceptibles de semer la discorde et ne sont par conséquent pas aisément sujettes à l’exploration et à la négociation » (p. 10), et notre réflexe premier consiste plus en un rejet qu’en une attitude d’ouverture. Il s’ensuit des réactions de contrôle, de prise de pouvoir, de mise à distance, dans lesquelles certaines de nos tendances les plus destructrices semblent trouver une...

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ACP Pratique et recherche n°22

La psychothérapie centrée sur la personne est-elle universelle ? Est-elle applicable dans un milieu psychiatrique par essence directif ? Ou dans des pays de culture musulmane où la profession est peu développée et où la référence au Coran fait partie du quotidien des personnes ? Les différences culturelles ou d’environnement professionnel laissent-elles de la place pour des praticiens centrés sur la personne ? Les réponses ne sont pas évidentes tant elles sont liées à des situations pratiques spécifiques. L’Approche centrée sur la personne est exercée en Turquie, par exemple, avec un certain succès. Elle suscite également un réel intérêt dans un pays comme la Chine. Mais, à part au Japon où elle s’est développée depuis des décennies et où existe une importante littérature, il est difficile de se faire une idée claire de la manière dont elle est appliquée dans des pays aux cultures si différentes. Et, par suite, il...

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ACP Pratique et recherche n°21

Ceux qui ont l’expérience de séances de psychothérapie centrée sur la personne, que ce soit en tant que client ou en tant que thérapeute, ont souvent pu réaliser à quel point leur corps participait de la démarche. Cela se traduit de diverses manières, y compris par le sentiment d’avoir effectué, en une séance, un effort physique intense – accompagné d’ailleurs du fait d’avoir réellement transpiré. Si l’importance du non verbal dans la communication est généralement admise, la manière dont le corps participe de l’écoute a été fort peu décrite. Au moment de l’aborder, il semble que nous manquions de mots précis. Nous pouvons alors en être réduits, par exemple, à parler de « sentir en mode corporel-affectif » pour tenter de décrire le processus de perception dans son corps qui « fait partie intégrante de la relation du thérapeute avec un client » et « est répété encore et encore...

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ACP Pratique et recherche N°20

Remettre son pouvoir à la personne, considérer, en thérapie, que « c’est le client qui connaît son mal » (p. 46) est un des principaux bouleversements provenant de l’oeuvre de Rogers. Aujourd’hui encore, cette perspective est difficilement acceptée. Elle rejoint pourtant ce que disent bien des personnes qui sont passées par des états psychiques qualifiés de «patho -logiques ». À les lire, il y aurait beaucoup à gagner à écouter leurs témoignages et «un plus grand nombre de personnes devraient comprendre l’idée de rétablissement selon les usagers de ces services » (p. 30). Cette démarche demande de pouvoir se libérer d’un conditionnement social qui mène à considérer avant tout comme important ce que fait le thérapeute et à accorder une moindre place au client, ou patient. Ce faisant, la dimension relationnelle est également minimisée. Pourtant, «quand il n’existe pas de carences physiques […] » (p. 59), la dimension humaine soignante...

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ACP Pratique et recherche N°19

Il est étonnant, alors que les expressions « relation thérapeutique » et « relation d’aide » sont couramment utilisées dans les professions concernées, que relativement peu d’attention soit portée à la valeur, à la nature, à l’impact ou encore aux effets de la dimension humaine et relationnelle en psychothérapie. Dans les milieux de la recherche, par exemple, « la question critique pour la plupart des chercheurs de la relation thérapeutique est liée à l’adaptation de la relation thérapeutique à un individu» (p. 63). Dans une telle conception, la relation est prise comme factuelle, pragmatique, laissant bien peu de place à la nature à la fois interactive et unique de toute rencontre entre deux êtres humains, ainsi qu’à sa dynamique propre. Pourquoi une telle situation? Pourquoi la part humaine de la relation thérapeutique n’est-elle pas considérée d’office ? Par besoin de pouvoir et de contrôle ? Par peur de l’inconnu, de ce...

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